Un visionnaire méconnu, véritable pionnier de la qualité

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Un self-made man

Né en 1881 à Milwaukee (Wisconsin, États-Unis), Charles Edward Knoeppel passe quelques années à travailler dans l’industrie avant d’étudier (sans passer par l’université) les travaux de Frederick Taylor et d’Harrington Emerson, puis de monter, à l’âge de 23 ans, un cabinet de consultant pour diffuser des méthodes d’organisation dans les entreprises industrielles qui ne sont pas révolutionnaires à l’époque : planification, standardisation, intéressement des ouvriers, mais aussi suivi des coûts.

Dans les ouvrages qu’il publie entre 1911 et 1937, Installing Efficiency Methods, Profit Engineering ou Managing for Profit, il se montre cependant plus incisif. Il liste notamment les causes de non-qualité : rebuts, retards de réception et de livraison, erreurs d’achat, réclamations, salariés inefficaces, changements en production, machines à l’arrêt, ainsi que mauvaise installation des machines, mauvais planning, machines engorgées, déplacement injustifié de matériel, manque de coopération et management inefficace.

 

Le management, nœud du problème

Ce dernier point – le management – est le véritable nœud du problème, là où F. Taylor ne recherchait des fautes que chez les ouvriers. « Un ouvrier, écrivait-il, qui met 12 heures à accomplir une tâche prévue pour en durer 10, mais qui en a gaspillé 2 à cause de circonstances qui lui échappent, doit être crédité d’une efficacité de 100 %. L’efficience de la tâche n’étant que de 83,33 %, les 16,67 % perdus incombent au management. »

Pour l’encadrement, c’est difficile à entendre aujourd’hui. Ce l’était certainement plus encore il y a un siècle. Surtout quand il ajoutait : « Tout standard de travail doit être tel qu’un travailleur puisse le respecter quotidiennement sans que cela ait un effet négatif sur son corps ni sur son esprit. »

 

Des principes exploités au Japon

Si l’on regarde sa liste de causes de non-qualité ci-dessus, ce sont sans ambiguïté les « muda » du lean management.

Et si l’on lit ses livres – en particulier Installing Efficiency Methods, de 1915 –, on y retrouve, outre les prémices du suivi des coûts de non-qualité, nombre d’outils généralement attribués à l’industrie automobile japonaise. Des actions kaizen (un miroir installé derrière un établi pour aider au positionnement d’une pièce) aux tableaux graphiques du programme de production (heijunka) en passant par les 5S, la suppression des mouvements inutiles, les diagrammes spaghetti, la mesure des temps et même les cercles de qualité : l’essentiel est présent.

De là à dire que les industriels japonais des années 1950 et 1960 ont eu des lectures profitables, que les Américains auraient pu avoir avant eux, il n’y a qu’un pas – que je m’étonne qu’on ne franchisse pas plus communément.

 

Bien qu’il n’utilise pas le terme, on doit considérer Charles Edward Knoeppel comme l’un des pères de la qualité moderne, dont les recommandations faites il y a plus de cent ans sont toujours suivies et enseignées, sans qu’on le crédite pour cela. Cela me navre.

 

Hubert Bazin, consultant en management

 

 

Retrouvez l’ensemble des publications de ce rendez-vous éditorial « Qualité : comprendre hier, agir aujourd’hui »

    • Didier FRAINEAU
      Didier FRAINEAU

      Super intéressant. Je ne connaissais pas et je vais m'employer à découvrir les "racines" de l'amélioration continue. Merci.

      Didier Fraineau 

      • Hubert BAZIN
        Hubert BAZIN

        Knoeppel n'a pas été traduit, il a été ré-édité dans les années 1970. Des éditeurs assurent encore aujourd'hui l'impression à la demande de ses ouvrages.

        • Thierry De WISPELAERE
          Thierry De WISPELAERE

          Bonjour Hubert et Didier 

          La traduction d'Efficiency est Efficace en Français.

          Cela pose beaucoup de problème aux traducteurs les faux z'amis!

          Cela dit je rejoins le constat !

          Bonne journée à vous

          • Hubert BAZIN
            Hubert BAZIN

            Bonjour Thierry

            Oui, Knoeppel recherchait l'efficacité de la production. Mais oui aussi il s'intéressait aux coûts. La figure 98 (page 238) de "Installing Efficiency Methods", intitulée "graphic chart of Relations of Accounts" identifie, pour "Manufacturing Expenses" les familles suivantes :

            • Maintenance
            • Indirect labor (truckers, cleaners, crane operators...)
            • Supplies
            • Handling material
            • Shop Supervision
            • Power
            • Departmental (engineering, pattern shop, warehouse...)
            • Shop general (depreciation, taxes, insurance, water ...)
            • Errors (defective material, pattern shop errors, machine shop errors, structural department errors...)

            Une vision comptable (et même quasiment compta analytique) des erreurs ressemble beaucoup à la recherche de l'efficacité au meilleur cout.

            (J'ai essayé d'insérer un fichier pdf de cette figure, mais je n'ai pas réussi...)

            • Bernard PINEAUX
              Bernard PINEAUX

              Bonjour,

              Merci pour ce partage.

              Le livre est téléchargeable sur le site de la Library of Congress : 

              https://www.loc.gov/item/15001852/

              Bonne journée

              • Eric OUEDRAOGO
                Eric OUEDRAOGO

                Bonjour. Merci pour la publication. J'éprouve un vif intérêt pour le sujet. Le document de Charles Edward Knoeppel sur "Installing Efficiency Methods", est il disponible en français s'il vous plaît ? Merci

                • Hubert BAZIN
                  Hubert BAZIN

                  Bonjour Eric. 

                  Comme indiqué plus haut, à ma connaissance, les ouvrages de C-E Knoeppel n'ont pas été traduits.

                  • Yvon MOUGIN
                    Yvon MOUGIN

                    Tu es sympa Hubert et nous nous sentons un peu moins idiot à la lecteur de ton message. Hélas, nous aimerions l'être encore un peu moins si nous trouvions une traduction en français laquelle n'existe pas comme tu prends une joie mauvaise à nous l'annoncer. Les vacances arrivent, ne pourrais-tu pas faire ce travail au cours de cet été. Au nom du grand management de la qualité et pour la communauté PC ?

                    Non ?  

                    • Hubert BAZIN
                      Hubert BAZIN

                      Une joie mauvaise ? Certes pas.

                      J'ai eu la chance (?) de travailler dans des multinationales et j'ai bien dû transformer mon pauvre anglais scolaire en quelque chose de plus opérationnel.

                      Je vais, au cours des mois qui viennent, parler de nombreuses personnes comme Knoeppel - et je ne vais pas pouvoir tout traduire. D'ailleurs, je ne possède pas les droits. Mais oui, ce serait bien...