Et si le plus grand frein à votre culture qualité, c’était de chercher à en créer une ?

Lecture de 3 min

 

Voici une réflexion à contre-courant sur la culture qualité.

 

J’ai eu une conversation troublante la semaine dernière avec un directeur qualité, visiblement démuni. Il me racontait : « Nous avons mis en place un nouveau système, simplifié nos procédures, communiqué intensivement… Mes équipes ont l’impression que sur le terrain rien ne change et, franchement, moi non plus. Quelque chose cloche. »

Ça vous parle ? Moi, ça m’a fait réfléchir.

 

La piste qu’on n’explore jamais

On nous vend toujours la même recette : transformation, disruption, révolution. Comme si tout devait être réinventé. Comme si rien de ce qui existe n’avait de valeur.

Mais, voilà une hypothèse intéressante : et si les bonnes pratiques existaient déjà dans votre organisation ?

Pas partout. Pas parfaites. Mais bien réelles, comme cette opératrice qui a trouvé une astuce pour éviter un défaut récurrent. Ce technicien qui documente spontanément ses interventions. Ce manager qui valorise naturellement les initiatives.

Ils sont là, cachés dans l’angle mort de l’organisation.

 

L’expérience des 15 minutes

Permettez-moi de partager une bonne pratique semblant, au départ, peu ambitieuse. Une entreprise a testé un truc tout simple : 15 minutes par semaine, même heure, même lieu, chacun partage une observation qualité, une difficulté, une idée. Rien de révolutionnaire, n’est-ce pas ? Presque gênant de simplicité.

Pourtant, six mois plus tard, ce petit rituel est devenu le cœur de leur dynamique qualité. Pas par magie. Juste par régularité et authenticité.

Ça m’a fait réaliser une chose : nous aimons faire des choses trop compliquées.

 

Les signaux qui méritent l’attention

Comment savoir si une démarche prend vraiment ? J’ai observé ces signaux qui semblent fiables :

  • les initiatives spontanées : quand les équipes proposent des améliorations sans qu’on le leur demande, quelque chose de profond est en train de se passer. La qualité devient un réflexe, pas une obligation ;
  • l’effet d’entraînement : quand vos managers deviennent les premiers promoteurs d’une démarche, c’est bon signe. L’adhésion est réelle, pas forcée ;
  • le changement d’émotion : quand la qualité génère de la fierté plutôt que du stress, vous touchez quelque chose d’essentiel.

Le piège du déploiement rapide

J’ai vu (et participé à) des déploiements massifs qui ont foiré. L’enthousiasme initial, puis la résistance, puis l’essoufflement.

Avec le recul, une approche différente semble plus prometteuse : commencer petit, vraiment petit. Deux sites pilotes plutôt que quinze. Écouter les retours. Ajuster. Puis étendre progressivement. Les témoignages des premières équipes deviennent alors votre meilleur argument, bien plus convaincant qu’un PowerPoint corporate.

Alors, pas de grand plan. Pas de feuille de route ambitieuse. Juste une question à se poser : quelle pratique qualité fonctionne déjà naturellement dans votre organisation ?

Peut-être qu’au lieu de créer du nouveau, il suffirait de révéler l’existant. De donner de la visibilité à ce qui marche déjà. De l’institutionnaliser, simplement.

 

Permettez-moi une dernière pensée

La culture qualité, c’est un peu comme un jardin. On ne force pas une plante à pousser. On crée les conditions. On arrose régulièrement. On observe. On ajuste.

Pas de révolution spectaculaire. Juste de la constance, de l’attention, de la patience.

Alors, un rituel. Une équipe. Quinze minutes. Ça semble modeste ? C’est peut-être exactement ce qu’il faut pour commencer.

 

Thomas Lejeune, secrétaire général de France Qualité,
président d’Hydrate Conseil, cogérant de Concordance

 

Retrouvez l’ensemble des publications de votre rendez-vous éditorial « La qualité de demain »

    • Fatimata DIAKHATE
      Fatimata DIAKHATE

      Je partage votre opinion et cela m’a fait plaisir de vous lire en ce matiné

      • Jean-Marc GANDY
        Jean-Marc GANDY

        Tout à fait d’accord avec Thomas. La culture qualité ne se limite pas à de grands et beaux discours. Il s’agit plutôt d’une réalité de terrain, souvent très modeste mais profondément ancrée, souvent liée à une certaine fierté vis-à-vis de son travail quotidien.

        Cela bien loin de la "religion" du reporting et de l’excès de KPI pour "faire joli".

        Grands dirigeants, descendez donc plus souvent sur le terrain ! En ce printemps vous découvrirez sûrement mille et un bourgeons de la qualité prêts à éclore pourvu que le gel bureaucratique et technocratique ne les brûle pas tous...   :-)

        • Yves Garenne
          Yves Garenne

          Cela suppose aussi les opérateurs se sentent "libres" d'initier des bonnes pratiques. Autrement dit les pratiques managériales quotidiennes "autorisent" la prise de liberté.

          • Thomas LEJEUNE
            Thomas LEJEUNE

            merci Fatima pour ce retour

            • Thomas LEJEUNE
              Thomas LEJEUNE

              Tellement vrai cet appel aux dirigeants de découvrir les bourgeons sur le terrain @Jean-Marc

              • Thomas LEJEUNE
                Thomas LEJEUNE

                @Yves, je suis convaincu que cela est possible (c'est du vécu) et surtout qu'en tant que responsables Qualité cela fait partie de notre mission de libérer la parole des opérateurs. Ils savent bien mieux que nous ce qui se passe sur le terrain

                • Laura MARINONI
                  Laura MARINONI

                  J'aime beaucoup la comparaison "qualité / jardin et plantes". Certaines personnes ne demandent qu'à s'épanouir, à grandir... Il est vrai que les opérateurs sur le terrain sont riches de propositions, de solutions mais malheureusement si peu entendus...

                  Je pense que notre rôle est aussi de faire le lien aussi bien d'un sens comme dans l'autre : direction/opérateur , opérateur/direction

                   

                  • Thomas LEJEUNE
                    Thomas LEJEUNE

                    Merci Laura, 

                    oui c'est bien notre rôle et nous ne sommes pas toujours formés et/ou à l'aise pour le faire.

                    • Pascal GAUTIER
                      Pascal GAUTIER

                      Bien vu Thomas !

                      • Pascal GAUTIER
                        Pascal GAUTIER

                        Bien vu Thomas !

                        • Thomas LEJEUNE
                          Thomas LEJEUNE

                          Merci Pascal