La fonction achats libérée technologiquement

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Connue pour être parmi les fonctions les plus à la traîne technologiquement au sein de l'entreprise, la fonction achats a, grâce à l'IA et plus largement aux nouvelles technologies, une opportunité unique de se replacer dans la course.

Habituée à se contenter d'outils du marché très souvent standardisés, en raison des coûts élevés ou tout simplement d'un manque d'appétence des éditeurs pour les problématiques achats, l'IA est en train de rebattre complètement les cartes.

Sans aucune connaissance en informatique, et pour un investissement initial très faible, il est aujourd'hui possible de créer des solutions quasi sur mesure.

Quel impact pour la fonction achats ?

C'est ce que nous allons voir dans cet article. Nous rappellerons dans un premier temps les possibilités offertes par ces nouvelles technologies, puis nous explorerons la valeur qu'elles peuvent apporter à un acheteur et, enfin, nous verrons quelle posture adopter face à cette évolution.

Les possibilités offertes par les nouvelles technologies

Analyse de documents, traduction, synthèse, création de PowerPoint : les capacités des IA génératives ne cessent d'augmenter. À travers un simple prompt adressé à une IA, il est aujourd'hui possible d'avoir à sa disposition un véritable assistant administratif.

Mais cela ne s'arrête pas là.

Derrière la révolution des IA génératives se cache également la révolution des orchestrateurs, plus connus, lorsqu'ils sont couplés à l'IA générative, sous le terme d agents ».

Un agent ne se limite pas à répondre à des prompts par du texte, une image, un son ou autre. Un agent est capable de suivre des séquences et de prendre en charge une demande de A à Z.

Concrètement, là où un acheteur devait auparavant s'armer de patience entre plusieurs logiciels, fichiers Excel, e-mails et plateformes fournisseurs, il devient désormais facile de faire exécuter ces opérations répétitives en quelques secondes.

Et le plus intéressant, c'est qu'il est aujourd'hui très facile de créer un agent. Mieux encore, il existe désormais des agents capables de créer des séquences pour d'autres agents. L'un des plus connus aujourd'hui étant Claude AI.

Petit bonus : il n'est même pas nécessaire de passer par la Direction des systèmes d'information (DSI).

Vers une fonction achats augmentée ?

Le quotidien des acheteurs se passe majoritairement devant un ordinateur. De l'analyse de données sur Excel à la formalisation d'appels d'offres et à la validation de contrats, les tâches administratives ne manquent pas.

Utiliser des agents représente donc une véritable opportunité de se délester de tâches qui n'apportent pas toujours une forte valeur ajoutée.

Ainsi, il est aujourd'hui possible pour l'acheteur, moyennant un bon paramétrage de ses outils, de réduire fortement son temps passé à :

  • La rédaction d'appels d'offres ;

  • La rédaction de documents de synthèse ;

  • Le reporting ;

  • Les envois et les relances ;

  • Les comparaisons contractuelles.

Cette charge opérationnelle réduite, l'acheteur va ainsi pouvoir se concentrer sur ce qui constitue la valeur de son métier : comprendre les besoins de ses clients internes, construire des stratégies achats dynamiques, négocier le dernier pourcentage, créer des relations durables avec ses partenaires...

En revanche, la frontière entre « je m'aide de l'IA pour améliorer ma productivité en me concentrant sur des tâches à forte valeur ajoutée » et « je confie mes tâches à l'IA » est particulièrement fine.

Le risque est donc fort si nous ne nous approprions pas l'IA et n'en maîtrisons pas l'usage : perdre progressivement nos capacités d'acheteurs et, finalement, donner une partie de notre métier à l'IA.

Ainsi, selon l'étude du MIT Media Lab menée par Nataliya Kosmyna et ses collègues en 2025, intitulée Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Tasks, l'utilisation passive de l'IA générative peut réduire l'engagement cognitif, la mémorisation et le sentiment d'appropriation des connaissances, créant ce que les chercheurs appellent une « dette cognitive ».

Quelle est alors la bonne posture ?

Vers l'IA augmentée par un acheteur ?

L'IA est là. Et elle change la donne pour les achats.

On peut se voiler la face, faire comme si elle n'existait pas, résister, expliquer que « ça pollue » ou que « ce n'est pas RGPD compliant » ...

Mais la réalité est là.

Et cette réalité ne se limite pas aux outils. Elle transforme en profondeur le métier d'acheteur et son écosystème.

L'acheteur doit donc s'adapter. Et la meilleure façon de s'adapter, c'est de pratiquer.

Mais pratiquer ne consiste pas à ajouter une couche d'IA sur un processus existant qui, soit dit en passant, est parfois déjà défaillant.

Il faut revoir totalement notre manière de concevoir les processus.

L'acheteur ne doit plus simplement s'appuyer sur l'IA pour faire son travail. Il doit s'appuyer sur l'IA pour que le travail soit exécuté.

L'expertise restera toujours chez l'acheteur, mais l'exécution doit être de plus en plus déléguée à l'IA.

Il est temps de passer non pas au stade de l'acheteur augmenté, mais bien à celui de l'IA augmentée par l'acheteur.

Comment s'y prendre ?

1. Se former continuellement aux bons outils.

2. Réécrire les processus en partant de leur finalité tout en exploitant pleinement les possibilités offertes par l'IA.

3. Suivre des KPI précis et réguliers sur les processus et sur leur transformation.

4. Apporter son expertise et surtout continuer à monter en compétence pour décupler sa valeur ajoutée grâce au temps gagné.

L'acheteur pourra ainsi connaître plus en profondeur ses fournisseurs, décortiquer dans le détail leurs offres et leurs services, réfléchir à des démarches de co-innovation, identifier des gains RSE importants sur l'ensemble de sa chaîne de valeur et créer davantage d'impact pour son organisation.

Les pistes ne manquent pas. Les attentes non plus.

Acheteurs, votre futur est entre vos mains.

Transposer simplement ce que vous faites aujourd'hui dans une IA et vous risquez de perdre une grande partie de votre valeur et de vos capacités.

Redéfinir vos processus à partir des possibilités offertes par l'IA afin d'apporter une valeur ajoutée décuplée, et vous deviendrez incontournable.

Et comme toujours, n'hésitez pas à vous faire accompagner par les bons partenaires pour effectuer votre transformation : formateurs, démonstrateurs, consultants IA...

Vous savez comment me trouver.

Benjamin BEN ATTAR, Expert Achats Tech

Retrouvez l’ensemble des publications de ce rendez-vous éditorial « La tech et les achats »

    • Jean-Marc GANDY
      Jean-Marc GANDY

      Article intéressant mais étant observateur sur le terrain, très intéressé par les réalités de l'IA, je nuancerais cet enthousiasme et notamment cette phrase "Il est temps de passer non pas au stade de l'acheteur augmenté, mais bien à celui de l'IA augmentée par l'acheteur."

      Car il ne faudrait pas oublier les quelques réalités suivantes (qui ne concernent d'ailleurs pas que l'utilisation de l'IA dans les achats) : l'IA générative se heurte et va se heurter de plus en plus à un mur, celui du manque de fiabilité des données (datas) disponibles.

      1) Des études récentes montrent que plus de 50 % des données nouvelles sur le web sont aujourd'hui générées par d'autres IA. D'où syndrome de la photocopie de la photocopie…

      2) Nombres de données (y compris en matière de fournisseurs, de produits, de tarifs, etc.) ne sont pas présentes sur le web ou du moins ne sont pas sur le web librement accessible.

      3) Quant aux données "propriétaires" ou "données internes" elles ne sont pas forcément complètes ou fiables car il y a toujours des humains en bout de chaine dans nos entreprises. Très concrètement, avec une tendance lourde au sous-effectif chronique, on bâcle souvent la saisie des données non automatisées.

      4) S'ajoute, sur le web, le phénomène en nette augmentation du "data poisoning" volontaire, notamment pour "intoxiquer" la concurrence. Il suffit de très peu de fausses données pour perturber à grande échelle les résultats obtenus par les agents d'IA.

      Oui, l'IA est actuellement un allié potentiel à ne pas négliger en achat mais il ne s'agit pas forcément d'une véritable révolution. En tout cas mes propres expériences ainsi que les avis que j'ai pu recueillir vont dans ce sens.