Régénération : un nouvel objectif

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Réduire son impact : un objectif louable mais insuffisant. Visons plus haut: non plus réduire, mais régénérer ?

Réduire, un objectif minimum

Les achats responsables reposent souvent sur une logique défensive : identifier les risques, les réduire, les documenter. C'est nécessaire mais plus suffisant. Cette approche part d'un postulat implicite : l'activité économique nuit : au mieux il faut limiter les impacts. Or, un nombre croissant d'entreprises explorent une autre voie. Elles ne se contentent plus de neutraliser un impact négatif mais en créent un positif.

Régénérer, un nouvel objectif

Le concept vient de l'agriculture régénérative. L'idée n’est pas seulement de préserver un écosystème, mais de restaurer sa capacité à se régénérer lui-même. Les entreprises qui réussissent ce basculement ne se contentent plus de limiter leurs impacts. Elles réorganisent leur manière même de collaborer avec leurs fournisseurs, en s'appuyant sur une connaissance fine des écosystèmes locaux. Appliqué aux achats, cela change la donne. On ne demande plus seulement au fournisseur : « Quel est votre impact ? ». On lui demande : « Comment votre activité peut-elle contribuer à régénérer un sol, un territoire, une filière ? »

Et concrètement ?

  • Des contrats qui rémunèrent la régénération des sols agricoles, pas seulement le volume livré.

  • Des achats territorialisés, qui réinjectent de la valeur économique locale plutôt que de l'extraire.

  • Des critères de sélection qui valorisent le réemploi et l'écoconception fournisseur, au même titre que le prix.

  • Des relations longues, construites dans la durée, plutôt que des appels d'offres remis en jeu chaque année.

Le fournisseur devient un partenaire de régénération.

Pas de régénération washing

Le mot régénération séduit, trop parfois. Le risque de washing est réel : il suffit d'ajouter le mot sur une plaquette commerciale sans rien changer aux pratiques. Deux questions, par exemple, permettent de faire le tri :

  • Y a-t-il un indicateur de régénération mesurable (biodiversité, valeur locale créée) ?

  • Le fournisseur est-il rémunéré pour ce résultat, ou seulement incité verbalement ?

Sans réponse claire à ces deux questions, ce n’est pas de la régénération. C’est de la communication.

Changement de rôle des achats

Le mouvement ne fait que commencer mais il dessine une trajectoire claire. Demain, la performance d'un service achats ne se mesurera plus seulement en euros économisés ou en tonnes de CO2e évitées. Elle se mesurera aussi en capacité à régénérer ce que l'entreprise consomme. Un changement de posture. La prochaine étape logique après la sobriété et la décarbonation.

Anicia Jaegler, professeure senior en management de la supply chain durable

Retrouvez l’ensemble des publications de ce rendez éditorial « Les nouvelles routes de la supply chain »

    • Jean-Marc GANDY
      Jean-Marc GANDY

      "Demain, la performance d'un service achats ne se mesurera plus seulement en euros économisés ou en tonnes de CO2e évitées."

      On ne peut qu'être d'accord avec ces principes.

      Maintenant, raisonnons au niveau des directions et des services achat. Il est clair aujourd'hui que le prix final des produits et services doit absolument rester attirant pour le client, particulier comme professionnel. Ceci dans un contexte de concurrence mondialisée féroce.

      A défaut, l'entreprise "vertueuse" environnementalement mais aux tarifs sensiblement plus élevés sera de plus en plus vite économiquement condamnée. La part de clients réellement prêts à payer plus cher reste et restera probablement très marginale dans les faits.

      Regardons concrètement les comportements d'achats : succès de Shein, Temu, de la fast fashion, des constructeurs tels que BYD, etc. Et les délocalisations se multiplient : Chine, Inde, demain sans doute massivement en Afrique, etc.

      Nous, européens, ne devons surtout pas faire "cavaliers seuls" car nous disparaitrons de la scène mondiale. Ce qui n'améliorera pas l'impact CO2...

      En revanche, oui, nous pouvons et nous devons donner au monde quelques exemples à suivre où nous jouerons sur les 2 tableaux : euros économisés et tonnes de CO2 évitées tels qu'évoqués par Anicia Jaegler. Notamment en favorisant la régénération. Bien sûr en développant cette démarche sans tomber dans la naïveté très européenne des "bonnes intentions" trop déconnectées des réalités mondiales.